Femmes, reprenez le pouvoir !

Un peu d’histoire. Parfois il faut, je n’en dérogerais pas.

            Il était une fois, à une époque fort fort lointaine, les femmes régnaient en maîtresses. Cette période était justement nommée l’ « ère matriarcale ». Je vous l’ai dis, il y a fort fort longtemps !

            Comme nous le rappelle le Dc Leleu dans son œuvre « Confidences d’un sexologue », ainsi que dans « La mâle peur » : « Si les femmes détenaient l’autorité sous le matriarcat, c’est en raison de deux pouvoirs « surnaturels » qu’elles possédaient : le pouvoir de donner la vie et le pouvoir érotique. Concevoir un enfant dans son ventre, le mettre au monde puis le nourrir de son propre sein, voilà qui provoquait l’admiration, voire la fascination des hommes, d’autant que ceux-ci ignoraient encore le rôle de leur semence. » On découvre qu’à cette époque, l’homme prête à la femme toutes sortes de pouvoirs extraordinaires : « pouvoir de soulager la douleur et même de guérir », « pouvoir de modifier les consciences » grâce à sa connaissance des plantes, « pouvoir de jeter des sortilèges », « pouvoir de prédire l’avenir », « pouvoir de donner la mort ». Evidemment, la femme était dotée aussi de pouvoirs érotiques : « pouvoir d’attraction (provoquer le désir en l’homme), pouvoir d’enivrement (engendrer chez l’homme le plaisir le plus intense qui soit), pouvoir d’attachement (créer en l’homme le besoin de revenir à elle) ».

Femmes, reprenez le pouvoir !

            Il est certain que cette époque, fort lointaine, est obsolète. Le mâle ignorant son rôle dans la procréation, et la polygamie de mise, la femme était la seule a avoir un lien évident et sûr avec ses enfants. Elle était donc le chef de famille. Accouchant de son enfant, enfant totalement immature, elle devait rester au foyer pour le nourrir. C’est ici qu’elle inventera la culture, l’élevage, les outils, la poterie etc. : « l’homme à la chasse sauve les individus, la femme au gîte sauve l’espèce ». Alors, quand l’humain commença à se poser la question de sa propre création, l’être supérieur ne pouvait être que féminin, une déesse mère « pourvue de nombreux amants et aimant faire l’amour ». Intéressant ?!

            Enfin, tout ça c’était avant ! Depuis, l’homme a découvert le rôle de sa semence dans la procréation et le pouvoir s’est renversé. La femme a été reléguée au rang de simple réceptacle et désormais « la prééminence revint au porteur de phallus ». Vous saviez que l’élément phallique était important ? Mais vous ignoriez à quel point ! Il en va d’un pouvoir archaïque !

            Le saviez vous ? Les institutions (religieuses, entre autres) se sont « armées » pour redonner une place à l’homme sur le devant de la scène : un « arsenal anti-femme » comprenant le mariage patriarcal avec obligation de fidélité (pour la femme !). Aussi, « la transgression de la fidélité était cruellement punie, jusqu’à la mort (par lapidation, décapitation, ou sur le bûcher). L’homme en revanche, s’autorisait toutes les infidélités ». Voilà qui ferait sourire bon nombre de mes patientes…

Je vous entends de là… alors comment reprendre le pouvoir ?

N’oubliez pas, la femme conserve ses autres pouvoirs :

  • Le pouvoir de donner la vie,
  • Le pouvoir d’enivrer l’homme de plaisir,

            La sexualité féminine a toujours été, et reste, un mystère pour l’homme, au point de la craindre par moment. Le mythe du « vagina dentata » (mythe selon lequel la cavité vaginale serait munie de dents) en est un exemple. La domination féminine persiste en cela que sa sexualité est riche et puissante. Le Kamasutra met d’ailleurs en avant la sexualité féminine : « la femme est supérieure à l’homme sexuellement ».

            Je ne pourrais dire plus justement ce que le Dc Leleu écrit : « En réprimant la femme (et sa femme intérieure, sa propre féminité), l’homme s’est privé de tout ce qu’elle pouvait lui apporter pour tempérer son monde barbare : une autre façon de voir et de sentir, d’établir une relation avec les autres, d’aborder la nature. Bref, un supplément d’âme. En vérité, le patriarcat a été nuisible aux deux sexes : l’un et l’autre ont dû renier des pans entiers de leur personnalité, l’un et l’autre sont des êtres mutilés. La femme a dû renier sa part active et créatrice, autrement dit sa part masculine ou animus, l’homme a dû renoncer à sa part affective et sensible ou anima ».

            Il s’agit donc, pour l’harmonie des couples (l’harmonie de la société étant un terrain trop vaste et ambitieux) que :

  • L’homme retrouve sa part féminine,
  • La femme retrouve sa part masculine.

            Aussi paradoxale que cela puisse être, pour reprendre sa part masculine, la femme doit prendre conscience de son pouvoir féminin, et se vivre, être, en tant que telle.

            Ne vous jugez plus, ne vous freinez plus, vivez, ressentez, aimez, assumez ! Percevez vous telle que vous êtes, une femme, être sexuel qui a le pouvoir d’enivrer l’homme de plaisir !

            Et si vous n’osez pas dans un premier temps, trop en prise avec vos démons passés, jouez le jeu, rentrez dans un rôle… celui de la femme phallique, désirable et désirante !

            Vos démons, nous en parlerons plus tard…

A ce titre, laissez moi vous conter le cas d’une patiente venue me voir il y a quelques mois :

            Une ravissante jeune femme, la trentaine, mère de deux fillettes, arrive au cabinet. Elle désire entreprendre une thérapie car elle ne se sent plus bien. Ses symptômes sont revenus. Petite fille déjà, elle était prise de boulimie. Puis, cela lui avait repris au cours de ses études à la faculté. Elle avait pu surmonter ses angoisses et ses symptômes seule jusque là (c’était sans savoir un déplacement sur sa vie professionnelle : tantôt addicte à la bouffe, tantôt addicte au travail). Mais voilà, peu de temps après l’arrivée de sa deuxième, elle s’engouffre, se goinfre, s’étouffe, se meurt… Elle décide que cela doit en finir. Elle consulte.

            C’est donc une ravissante jeune femme que je vois arriver à mon cabinet pour sa première consultation. Elle est chargée d’angoisses (qui ne l’est pas à sa première consultation ?). Elle m’explique qu’elle ne se reconnaît pas. On comprend, qu’elle ne se connaît pas. Elle ne s’aime pas. Elle n’aime pas sa vie. Elle n’aime pas son corps. Elle n’aime pas sa vie parce qu’elle n’aime pas son corps. Elle a toujours été « grosse »… enfin, elle s’est toujours perçue comme grosse (les personnes boulimiques souffrent souvent de dysmorphophobie : il s’agit d’une préoccupation excessive concernant un défaut corporel souvent irréel ou très minime). Une photo, d’elle enfant, nous dévoilera plus tard qu’elle ne l’était pas, grosse ! Toute menue qu’elle était à l’époque, elle se percevait comme grosse. Et une grosse, ça mange !

            Victime de violences psychologiques au sein de sa famille, ses parents, ainsi que ses 4 frères (c’était la seule fille), ne cessaient de lui répéter qu’elle l’était, grosse ! Et une grosse, ça mange ! Elle n’avait jamais vu les choses sous cet angle auparavant. Elle n’avait pas conscience de la violence psychologique qui régnait en maître au sein de son enfance. « Ils le disaient parce que je l’étais, tout simplement ». La nourriture est devenue un refuge pour elle. Toutes les deux elles se comprenaient. La nourriture était toujours là pour elle. Mieux, elle l’attendait. La violence, faite d’insultes, n’a eu de cesse de briser son ego. Faille narcissique sans nom, elle ne devait plus être pour exister. Angoisse d’abandon, écrit en gros, en gras, comme intitulé à sa psyché. Elle risquait de perdre l’autre, tout autre, mais la nourriture elle, elle était là, sans faille celle ci. Elle risquait de perdre l’autre car elle n’était pas assez bien pour l’autre : « moche, grosse et inintéressante ».

            Mais elle a tenu bon, vaille que vaille. Elle a rencontré son mari, qui n’en a jamais rien su de son addiction. Puis, la dépendance affective a pris le pas sur la dépendance à la nourriture. Virevoltant d’une addiction à une autre… mais dépendre, toujours dépendre… car sans l’autre elle n’était pas, elle n’était rien… moins que rien.

            La prise de conscience des violences dont elle a été victime a été un choc, mais un choc salvateur. Je prenais la place de la bonne mère qui s’autorisait à lui dire qu’elle était belle… parce qu’elle l’était, belle !

             Mais après les prises de conscience il faut « être ». Il faut agir.

         Lors d’une séance, elle arrive enragée, pleine de jalousie et de culpabilité face à ce sentiment qui la domine. Elle me raconte qu’elle en a assez d’une de ses collègues. Je comprends que l’attitude « hystérique » de cette femme ne lui plait pas… au premier abord, il ne lui plait pas ! En fait, elle l’envie. Sa collègue respire le charme et la féminité. Elle est la définition de la séduction à elle seule. Elle est blonde, les cheveux longs, les yeux clairs. Tout comme ma patiente ! Mais surtout, elle porte des robes…

            De là nous vint notre adage : « Vous aimez ? Alors portez ! ». Si elle enviait une femme qu’elle trouvait séduisante et féminine parce qu’elle portait des robes, alors, elle n’avait qu’à porter des robes ! Cela paraissait simple ? En fait, ça l’était. Cette séance fût un nouvel électrochoc pour elle. Elle prit la décision de porter des robes à partir de ce jour là… en fait, elle est presque devenue addicte aux robes et aux collants ! Depuis cette séance, je ne l’ai plus jamais revu autrement vêtue que de robes.

            Dans un premier temps elle le faisait pour faire un pied de nez à son histoire. Elle pensait pouvoir faire enrager ses frères en se montrant plus féminine que jamais.

          Cette jolie jeune femme se rendu vite compte des autres avantages de cette féminité dévoilée. Son mari était fière d’elle et charmé par ses atouts. Parce que des atouts, elle en avait. Là commençait le cercle vertueux. Se sentant plus femme, plus séduisante, elle perçue davantage le regard des autres hommes… elle se sentie donc davantage séduisante, etc.

           Évidemment, il ne lui suffisait pas seulement de prendre conscience de son pouvoir d’enivrer l’homme de plaisir pour aller mieux. D’autres prises de conscience étaient nécessaires avant ça. Prendre conscience de la maltraitance dont elle a été victime, se rendre compte qu’avec la boulimie elle répétait cette maltraitance contre elle-même, comprendre que la nourriture venait combler un manque d’amour et une faille narcissique profonde et surtout, réaliser qu’elle avait peur de quelque chose qui est déjà arrivé : la peur d’abandon, la peur d’être seule, alors qu’elle ne cesse de s’isoler, seule contre elle-même face à la nourriture.

            Après avoir pris dans ses bras la petite fille qu’elle était, elle a pu rencontrer la femme qu’elle voulait être : une femme désirable et désirante.

Sources : « Confidences d’un sexologue » et « La mâle peur », du Docteur Gérard Leleu

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