Les enfants sont !

En tant que parents aimants et bienveillants, nous pensons souvent à ce que nous pourrions laisser à nos enfants. Passée la question des biens matériaux, le plus grand héritage que nous pouvons donner à nos enfant est l’estime de soi, qui est capitale dans la vie. C’est à travers une relation de plaisir, de joie, d’amour, de rire, de partage, de bonheur, de bienveillance et de confiance, que nous pouvons atteindre ce but.

Nous apprenons beaucoup à nos enfants : la politesse et le scolaire sont toujours au devant de la scène. La vérité est que l’enfant vient au monde avec ce qui sera essentiel pour lui : des compétences innées relationnelles : attachement, imitation, empathie, les poussent à aller toujours davantage vers l’autre. En ce sens, une étude de Warneken et Tomasello montre qu’un enfant, dès l’âge de 18 mois, vient spontanément en aide à un adulte qu’il sait être en difficulté, même s’il sait qu’il ne recevra aucune récompense, ou aucun remerciement, en retour. Tout ce potentiel, inné donc, ne demande qu’à s’épanouir au contact d’adultes bienveillants. Malheureusement, cette compétence peut tout aussi être perverti par une éducation autoritaire ou violente.

Évidemment, vous me diriez, tout cela tient à du bon sens. Et vous auriez parfaitement raison ! La question de la bienveillance, de la bientraitance, nous concerne tous. Nous tendons d’ailleurs tous vers cela, qu’on peut dire… D’ailleurs je suis, pour ma part, à vous écrire ; et vous êtes, quant à vous, à me lire. Pardonnez moi ce paradoxe, mais la relation à l’enfant ne s’apprend pas dans les livres, elle se vit.

Connaissant l’impact des cognitions sur nos comportements, laissons nous une occasion de porter un autre regard sur l’enfant, et sur soi.

La vision que l’on peut avoir sur l’enfant peut parfois être franchement négative, disons le : « Qu’est ce qu’il est sage ! » (sous-entendant…), « Qu’est ce qu’il est turbulent ! », « Il est insupportable ! », « Les enfants ne sont plus ce qu’ils étaient ! », « Il faut les cadrer ! », « Il faudrait revenir aux bonnes vieilles méthodes ! » etc.

Les injonctions sont faites ! Nous attendons d’un enfant qu’il soit calme, sage, souriant, polis… surtout qu’il ne déborde pas, jamais ! Après tout, nous jouons notre carte de « regardez le bon parent que je suis… (j’ai su dompter mon gosse !) ». D’ailleurs, osez cette expérience (à moins que cette situation ait déjà été vécue) : Un enfant refuse (de prêter un jouet par exemple), il se débat, trépigne, chouine, pleure, boude, crie (ainsi le tableau sera complet)… vous y êtes ? Je suis certaine que vous imaginez sans trop de mal. A présent, décentrez votre attention de l’enfant. Que voyez-vous ? Les adultes autour, oui oui, c’est bien ça ! Que font-ils ? Oui, ils regardent les parents. Pourquoi ? Et bien pour que les parents comprennent que là vraiment, il y a du laisser-aller et qu’ils devraient apprendre à gérer mieux leur enfant. Qu’en est-il de notre sauveur qui pourrait dire, haut et fort : « Mais c’est super, ton enfant a la capacité d’exprimer clairement ses émotions ainsi que ce qu’il désire, félicitation ! » ? Et bien, elle se cache… Elle a certainement le désert à manger en fin de repas, et, ma foi, elle y tient !

S’il est une question que nous devrions nous poser, elle est celle-ci : « Qu’est-ce qui est important pour nous, réellement : ce que l’on obtient immédiatement, ou ce que l’on veut que l’enfant devienne ? ».

Nous demandons à nos enfants d’être sage. Et si nous sommes un peu honnête, nous leur demandons d’être sage en permanence ; sous-tendant que notre enfant aura plus de chance d’être aimé par nous s’il est sage. L’amour est-il donc sous condition de… ?

Deroo nous met en garde contre ces injonctions trompeuses, hasardeuses et malheureuses. Il s’exprime d’ailleurs assez clairement sur la question : « NON, les enfants ne sont pas plus difficiles qu’avant. Les enfants ne sont pas sages ou mauvais, ILS SONT ».

Il soulève assez justement que notre façon d’être avec nos enfants est empreinte de notre vécu collectif et personnel, ayant vécu nous-même dans ce système éducatif du « Sois sage ! ».

En ça, notre système éducatif actuel, que nous pensions par ailleurs bienveillant, vacille. Éduquer un enfant, c’est l’aider à épanouir son estime de soi, source de bonheur et de confiance. L’enfant, qui vient au monde démuni, va être porter par nos jeux interrelationnels, et va construire sa propre identité au travers de sa singulière sensibilité, de sa famille et de son environnement social et culturel. Sa personnalité va s’épanouir selon la nature et la qualité des échanges qu’ils aura avec son monde environnant. Il doit se sentir aimé et respecté. Cet amour ressenti sera la base de sa sécurité intérieure indispensable pour aller à la rencontre des autres et même du savoir.